The End
This is the end, beautiful friend, the end…
C’est décidé et ma décision est irrévocable: je quitte l’Afrique pour aller tenter ma chance en Europe. Avec mon baluchon et quelques dollars en poches, je pars à l’aventure en France. Cela fait quelques mois que lorsqu’internet marche, je surfe sur des sites français et ces mots magiques me trottent dans la tête: « Nevers », « Formule 1 », « Puy du Fou », « Sarkozy », « Assedic », « Buffalo Grill », « Etampes » etc…
Bon, de toutes les façons, j’en ai marre de l’Afrique. J’en ai marre de la misère et du sous-développement, de la corruption, des militaires, des AK47, des gens qui chient dans la rue, des cyclistes à la con, du manioc, des cachets anti-chiasses, du zouk, des putes, des cafards, des ONG de gauchistes débiles en tongs, des rues pas goudronnées, de la bière sans bulle, des putshs, de la torture, des bébés issus de viol donnés à manger aux chiens, des crocodiles, des statuettes en bois, des transports en communs improbables, des coupures d’eau, de la télévision d’Etat, de mon groom qui boit mon vin, de mon lit dur et taillé pour un hutu (un petit hutu), des rebelles mangeurs de pénis, des sectes, des enfants des rues, de la poussière, des grenades et des vendeurs ambulants de chaussettes.
Puis en plus, faut que je sois discret sur mon départ parce que c’est l’occasion de tenter de presser la pulpe du blanc avant son départ afin de récolter les dernières gouttes. Je vais balancer quelques merdes dans une malle y compris quelques statuettes en bois et autres merveilles de l’art tribal et séculaire pour pouvoir les afficher dans ma maison en Europe afin de frimer en espérant que ces conneries à deux balles ne me feront pas avoir de problème avec la douane à Roissy pour « pillage de site artistique séculaire gnagnagna ».
Ceci étant, forcément en fin de parcours, j’ai baissé la garde: j’ai dit à un type que je partais mais que c’était un secret et qu’il fallait le révéler à personne: c’est à peine si la nouvelle n’était pas à la une du journal de la radio nationale le lendemain (heureusement qu’une retraite gouvernementale de la plus haute importance a occulté mon billet d’avion). Et j’en ai des dizaines qui m’ont appelé pour partir à Schengen avec moi…
Je me vois bien faire la queue à l’Ambassade avec un carton plein de demandes de visas et un container de simili-putes derrière moi, tiens..
Déjà que pour en obtenir un…surtout qu’en ce moment la principale activité est de préparer des sandwichs et des buffets pour suivre l’élection de Monsieur Sarkozy sur écran géant, alors les visas, hein…
Je sais pas ce que je vais faire en Europe, enfin, je veux dire pour gagner de l’argent mais vaut mieux être chômeur en Europe que travailleur en Afrique et puis comme j’ai été très méchant, je suis sur que Dieu notre Seigneur va me trouver un pays encore plus pourri (quoi là, il va avoir du boulot) et m’envoyer là-bas pour suivre ma destinée.
A dopu ghjenti.
PS: notez que tant que je ne suis pas dans l’avion en vol vers le nord, je ne suis pas encore parti, c’est l’Afrique, c’est magique…bouh Diu lu Cristu…
PPS: putain, ça va faire plus de deux ans que j’ai pas voyagé en business, je vais écœurer les businessmen avec mes chaussettes qui puent et mes mauvaises manières.